Lui: "je m'appelle Delta".
Impossibilité pour ainsi dire biologique de rapporter quoique ce soit de ce qu'elle a vu ou vécu dans le moment précédent.
A l'interroger, on obtient d'elle qu'un mutisme exaspérant, inspirant à la fin, compassion pour celle que cette société semble refuser d'absorber.
Je lui souris.
Elle me regarde, avec d'abord, un peu de crainte, puis essaie à son tour d'un timide sourire, fixe ses cuissardes à lacets de cuirs noirs, et me dit:
"Tu sais qui je suis?"
Ironique.
"Une débauchée".
Son mouvement se fait lascif.
"Débauchée, dépravée, polissone, vicieuse, licencieuse, déjantée, sexuelle, libertine, impudique, immorale".
Elle me baise la main avec une feinte dévotion.
"Je suis folle, et pourtant, je veux qu'on m'aime..."
Elle se lève, me regarde profondément, ses yeux sont comme engloutis par les miens.
"Reste où tu es", me dit-elle, "ne bouge pas".
Elle va se placer contre le mur, met un pied sur une bite d'acier, la cuisse découverte.
"Tu as vu mes bottes?"
Ses yeux qui roucoulent...
Noires, à hauts talons et lacets, qui enserrent toute sa jambe, jusqu'au milieu de sa cuisse.
"Ce que j'aime, ce sont ces lacets, c'est excitant..."
Elle relève sa mini-jupe de cuir rouge.
"Tu n'as pas encore vu ma culotte...petite et noire...
Le visage alors tourné vers moi, elle ordonne:
"Branle toi pendant que je suce mes lacets..."
Je bande.
Je me branle.
Sa langue, ses lèvres, s'avancent à la recherche du lacet qu'elle tient raide entre ses doigts.
Elle est à ce point excitante, sa désespérance, son corps blessé, son âme que je sens meurtrie.
Je veux la guérir.
Je jouis abondamment en la regardant; superbe, comme on regarde un tableau de Maître.
photo extraite de la bande dessinée de Paulo Eleuteri SERPIERI.
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